Mitrovica, quartier albanais (Kosovo)

Avni ne décolère pas depuis que l’UE a annoncé le déploiement de l’Eulex dans son pays  » Comment une centaine de fonctionnaires pourraient ils controler les zones serbes ? La minuk et la Kfor n’y sont pas parvenues et notre gouvernement est impuissant ! »

C’est dans un café, à deux pas de son travail, qu’Avni a réuni quelques uns de ses amis pour me les présenter. Tournée de thé et de café ( la bière est proscrite dans ce bar musulman ). Il se détend néanmoins pour raconter pour la énième fois comment je suis arrivé de Serbie en passant une frontière qui n’en était pas encore une, dans un bus plein de contrebande et de policiers serbes, à onze du soir et comment j’ai dormi chez le patron de la mafia serbe locale avant de traverser le pont desert qui sépare les quartiers albanais et serbes. Je le soupçonne d’en rajouter, tous rient de bon coeur, mais même sans éxagérer l’histoire est  plutôt cocasse !

 

Avni à 25 ans , il parle français et à créé son propre job avec ses parents et leurs maigres économies : un club internet.  C’est ainsi que sur le chemin de Jérusalem que je tracais d’ordinaire à pied, j’ai fait sa connaissance en cherchant une connection.

A l’époque,  le Kosovo était encore une province serbe administrée par l’ONU et déjà les  quelques serbes encore  Kosovars vivaient déjà retranchés dans leurs enclaves. Il est vrai que l’administration militaire de l’OTAN et celle, civile de l’ONU n’ont guère brillées par leur ‘éfficacité si ce n’est la tenue d’élections presques transparantes qui ont permis l’émergence d’un gouvernement et l’indépendance.

Depuis : statu quo. Le kosovo reste un cas, une sorte d’ovni aus portes de l’Europe. Certes un Etat reconnu mais sous perfusion internationale, miné par la coruption à tous les étages même les plus hauts, plombé par  un chomage qui dépasse sans doute largement les 50%, des infrastructures insuffisantes, des richesses naturelles limités. Rien d’étonnant  à ce qu’il soit devenu la plaque tournante de tous les trafics et s’identifie de plus en plus à un état voyou.

 » Les balkans, c’est le far west de l’Europe  » m’a dit Avni avec un sourire le jour ou je l’ai accompagné consolider son branchement électrique sauvage au poteau electrique déjà bien surchargé. Je ne peux que confirmer.

La conversation est revenue sur ces 2000 fonctionnaires européens dont la mission est d’aider le gouvernement à « stimuler et soutenir le règne du droit là où il n’est pas suffisant”. Des mois de négociations ont été nécessaires pour faire admettre cette mission à la Serbie qui y voit un pas de plus de l’Europe dans la reconnaissance de l’tndépendance de ce qu’elle considère toujours comme une province serbe et le « berceau des serbes ».
Les juges et policiers de l’Eulex auront aussi pour mission  de trouver et de punir les auteurs de crimes graves commis sur les Serbes du Kosovo après le déploiement des forces internationales dans la Province. Ce que Minuk et Kfor n’ont pu mener à bien.
L’Eulex se déploie dans tout le Kosovo mais dans les enclaves serbes elle sera sous controle de l’ONU et non de l’UE, ce fut là tout l’objet des négociation avec la Serbie et source de colère des albanais qui y voient sans doute aussi à juste titre le premier pas vers une partition du Kosovo. D’autant que la serbie continue à financer et structurer une administration des enclaves serbes. Et que pourrons faire une centaine d’étrangers pour contrer les menées serbes ? Non Avni et ses amis ne décolèrent pas.

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Mitrovica est concernée au premier chef, elle se situe à l’extrème sud de la poche nord-ouest serbe, ville frontière pour deux communautés qui ne peuvent s’entendre. Ville dont la riviére sert de mur.  Mur ou un pont fait office de porte, pont détruit durant la guerre et superbement reconstruit par les…français.
Le but des serbes : Un rattachement de leur enclave à la Serbie limitrophe mais quid des dizaines de petites enclaves disséminées sur tout le territoire et de la région du sud ou les serbes sont encore majoritaires ? Quand au albanais, autour de la table, tous sont plus ou moins d’accord pour pousser les serbes hors du Kosovo. Les divergences portent sur la manière de le faire, et certains sont pour le moins radicaux…
Quid des autres minorités du Kosovo ? Ashkaeli, Egyptiens,turcs, Bosniaques, Gorani, et juifs ont tous été la cible de violence ethnique. Sur 100 000 avant lla guerre, 60 000 bosniaques sont partis. 90% des rroms ont fuit. A Mitrovica, autour de la rue Fabrika existait une mahala, un quartier rrom ou vivait 6 à 7000 familles. Le quartier est aujourd’hui détruit et il ne reste que quelques dizaines de roms réfugiés au nord en situation très précaire.
La première fois ou j’ai traverdé le pont français, perdu dans mes reflexions de marcheur au long cours je n’avais point remarqué les gardes armés à chaque extrémité. Un pont pour rien ou presque… Plus tard, J’ai proposé à Avni de m’accompagner de l’autre côté, Il y a eu comme un moment de  panique dans ses yeux et il m’a avoué n’avoir jamais traversé la rivière et ne rien cônnaitre de cette partie de sa ville. A moins de 500 mêtres de chez lui… Trop peur…Même avec un français…

Je n’ose répeter à mes amis kosovars  que le responsable de l’International Crisis Group (ICG) pour les Balkans, Peter Palmer, estime que l’EULEX « ne connait pas un bon départ…
Ce qui se joue en ce moment au Kosovo  et aussi en Bosnie et en Macédoine conditionne l’éventuelle intégration de derniers morceaux des Balkans dans l’Europe. Tous se battent pour des frontières, des bouts de territoires ethniquement purs tout en rêvant à une intégration européenne dont, justement les principes fondateurs sont inverses à commencer par l’ouverture  de ces mêmes frontières…